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Article gris clair sur l’économie à Angoulême

par François ELIE

17 décembre 2009 · Pas de commentaire
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Soutenir artificiellement l’activité
ou favoriser les conditions de la création de richesse ?

C’est en ces termes que se pose toujours le choix politique touchant l’économie.

L’arrivée de la ligne LGV est présentée par beaucoup, à gauche comme à droite, comme une occasion formidable. Pour sûr! Beaucoup d’argent public va se dépenser. De grands travaux vont avoir lieu. Les entreprises charentaises y auront leur part. Fort bien. Tant mieux. Mais cela n’a rien à voir avec de la création de richesse. Car la vraie question à se poser dès maintenant est de savoir si, lorsque le grand chantier sera terminé,  la ligne LGV va aspirer les dernières forces vives d’Angoulême pour les emporter ailleurs, ou si elle sera l’occasion d’un renouveau. Considérer le chantier lui-même comme un levier de l’activité économique est une erreur. Ce n’est pas un levier, c’est une béquille! Certes le chantier va dynamiser le tissu de la construction, déjà soutenu à intervalles réguliers par les travaux « publics »: Espace Carat, Champ de Mars, ORU. Mais il va pas créer de richesse pour autant: il faut évidemment, et surtout, préparer l’après-chantier! Faire en sorte que la ligne LGV profite à Angoulême qui, faut-il le rappeler, est passée naguère à côté de l’autoroute A10 (enfin c’est plutôt l’inverse…).

Soutenir l’activité des entreprises avec de l’argent public qui vient des impôts et taxes que paient les entreprises et les salariés n’est pas une action de développement économique! On ne peut présenter cela comme un programme, ni même comme un début de programme. Il faut bien sûr soutenir les entreprises mais il faut surtout se garder d’y voir une panacée! Or c’est ce que l’on entend ici et là, à gauche et à droite. Cela revient à se manger soi-même: cela ne peut pas durer très longtemps…

Comment créer les conditions
pour créer de la richesse ?

Investir intelligemment dans les infrastructures

Il faut donner aux entrepreneurs l’envie et l’intérêt de créer de l’activité, de la richesse et de l’emploi . Cela peut encore se faire de façon artificielle: zones franches et aides diverses. Mais dès que les aides disparaissent, les mercenaires se déplacent ailleurs. On apprend aussi dans les écoles de commerce comment utiliser les aides publiques! Développer l’acitivté peut se faire avec des investissements d’infrastructures intelligents. La construction du réseau de fibre optique de l’agglomération d’Angoulême est, il me semble, un investissement de ce genre. Ceux qui font réellement du développement le savent et c’est en bonne place sur les plaquettes qui présentent le territoire du Grand Angoulême. Il est dangereux de laisser croire et d’écrire que toute la Charente est un désert numérique. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas un hasard sur le second forum sur le Trés Haut Débit s’est déroulé à Angoulême.

Les entreprises viennent justement s’installer sur l’Agglomération parce qu’elles trouvent dans les zones d’activités  (à la parcelle!)  des services de connexion professionnels aux mêmes tarifs que dans les grandes capitales européennes. Angoulême est par ailleurs l’une des villes les plus innovantes en matière de FTTH (fibre au logement) vers l’habitat social(1). Le modèle suédois va s’essyer à Angoulême. Ce sera je crois une quasi première en France, au moins en vraie grandeur.

Un campus numérique à l’envers

Il faut former la main d’oeuvre locale pour qu’elle puisse bénéficier des l’activité nouvelle. La formation est là un instrument décisif. Et c’est justement grâce au Très haut débit que nous pouvons trouver une solution à ce problème, qui est un casse-tête dans une ville qui n’aura jamais d’université de plein exercice: nous pourrions créer un campus numérique « à l’envers ».

Non pas un outil en ligne permettant à une université locale d’exporter ses formations, mais, « à l’envers » une plate-forme concrète, réelle, permettant à ceux qui le souhaitent de bénéficier ici, et avec un accompagnement, des meilleures formations du monde entier. Cela fait des années que j’essaie d’expliquer cette idée. Un jour peut-être on s’avisera de ce qu’il est possible d’inventer quelque chose en la matière.

Comment prétendre soutenir l’innovation sans être soi-même dans une dynamique d’innovation. Une plate forme de formation innovante, permettant d’accompagner et de tutorer des étudiants qui resteraient à Angoulême et feraient leurs études dans les meilleures universités du monde via de la formation à distance mais dans un vrai campus in situ et non de leur cuisine: voilà ce qui permettrait de valoriser le potentiel de la jeunesse et plus généralement des forces vives de notre bassin d’emploi. Car l’heure n’est plus seulement à la formation initiale, il faut penser alternance, et formation tout au long de la vie.

Il y aurait des synergies à trouver sans doute avec un Campus de l’Image regroupant des formations qui cherchent leur lisibilité, mais surtout pour mutualiser les outils, et surtout pas pour se limiter dans l’offre de formation!

Délocaliser les autres!

Que n’a-t-on pas entendu qu’Angoulême était le « premier pôle industriel entre Loire et Garonne » ? Et l’on peut ajouter à cela que c’est la métropole régionale la plus pauvre en services aux entreprises. Est-ce à dire qu’il faille se résigner au déclin, attendre les délocalisations fatales, se préparer aux grandes reconversions ? Notre territoire est très fragile. Et d’autant que les centres de décision ne sont parfois pas en France. Mais là encore le Très haut débit peut être un instrument pour éviter la catastrophe.

Certes les stratèges des entreprises peuvent déplacer les outils de production pour profiter d’un main d’oeuvre moins chère ailleurs (les fameuses délocalisations de sinistre réputation, dont la menace pèse comme une épée de Damoclès sur toute entreprise industrielle occidentale avec l’ouverture mondiale des marchés).

Mais, à l’autre bout du monde, il y a des cadres qui n’ont que quelques jours de vacances par an. Offrez-leur de venir travailler à moins de deux heures de Paris, dans un département touristique avec le Trés haut débit pour travailler dans les mêmes conditions qu’en… Asie ou en Amérique. Proposez-leur les 35 heures et les congés payés! Autour de la gare LGV ce n’est pas un Centre de Congrès ou des plateaux de bureau qu’il faut créer (allez voir autour de la gare de Poitiers ce qui se passe et l’activité fébrile qui y règne… soutenue par de l’argent public!)  mais un grand télécentre: pour délocaliser les cadres d’ailleurs!

Comme on le voit: avoir posé des infrastructures de fibres optiques peut avoir quelques avantages, à condition de comprendre comment en faire le vrai levier de l’activité de demain.

(1) Ce n’est pas parce que le Conseil Général de la Charente a passé un marché de service onéreux sur du wifi (trois erreurs) qu’il ne se fait rien en matière de Très haut Débit en Charente. Angoulême est en Charente, jusqu’à preuve du contraire!

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Catégorie(s) : Opinions · document de référence

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